Re: Peut-on se contenter de l'évaluation seule pour s'assurer de l'atteinte des ODD?

Chers Tous,

Je voudrais apporter ma modeste contribution à la discussion relancée par le Docteur Mustapha Malki. Mon avis est que la position qui soutient que l'évaluation est mieux développée comme pratique que la fonction suivi devrait être relativisée selon les pays et les stades de développement. En effet, la plupart des pays africains se sont dotés de documents de stratégie ou de développement à moyen terme alignés sur les agendas de développement (Agenda 2063 et Agenda 2030) afin de mieux piloter leurs processus de développement. Ces Plans nationaux de développement qui constituent le cadre de référence de toutes les interventions au sein de ces États prévoient de mécanismes de suivi et évaluation afin de mieux apprécier les progrès réalisés vers l'atteinte des différents objectifs. L'opérationnalisation de ces mécanismes de suivi et évaluation permet la production de rapports périodiques de suivi de la mise en œuvre desdits plans nationaux/ stratégie de développement. Toutefois, plusieurs rapports ou études montrent que la pratique de l'évaluation reste faible dans de nombreux pays africains.

Cela pourrait s'expliquer par plusieurs raisons notamment, le coût élevé des évaluations, le faible intérêt accordé aux évaluations par les décideurs publics, la mauvaise compréhension de la portée des évaluations par de nombreux acteurs, l'insuffisance du dispositif légal et réglementaire sur l'évaluation et l'absence de politique nationale d'évaluation. Ces raisons font que les efforts sont plutôt portés sur les activités de suivi, qui permettent d'apprécier les progrès de la mise en œuvre des interventions du Gouvernement et des Partenaires Techniques et Financiers tant au niveau national, local que sectoriel. Ainsi, les Partenaires techniques et financiers accompagnent la mise en œuvre de système de suivi robuste au sein des nombreux pays, qui somme toute constitue un élément de base important pour la réalisation d'évaluations crédibles. Des efforts devront toutefois être faits pour appuyer le renforcement des systèmes statistiques nationaux afin de permettre de disposer de données statistiques fiables pour alimenter les systèmes suivi-évaluation. Aussi, les efforts devront ils se poursuivre au niveau de sensibilisation au sein des États afin d'aider à une meilleure compréhension de la portée et de l'intérêt des évaluations. Cette action pourrait se faire en soutien à l'engagement de plus en plus exprimé des Partenaires Techniques et Financiers en faveur des évaluations des politiques, programmes et projets de développement.

SAKO G. Oumar

Expert en Planification stratégique, suivi et évaluation