Évaluer l'agroécologie: quelle est votre expérience?

Évaluer l'agroécologie: quelle est votre expérience?
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Évaluer l'agroécologie: quelle est votre expérience?

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©FAO

Chère communauté EvalForward,

En tant qu'évaluateurs travaillant dans le domaine de l'agriculture, nous avons de plus en plus besoin d'évaluer la durabilité environnementale et socio-économique des projets et programmes agricoles.

La FAO a développé un outil appelé TAPE qui vise à soutenir la collecte de données et l'analyse de la transition des systèmes agricoles vers des pratiques agroécologiques. Pour plus d'informations sur ses fonctionnalités et son utilisation potentielle, veuillez voir mon blog ici

J'aimerais inviter les membres à partager leurs expériences en matière d'évaluation de la durabilité des programmes agricoles, et spécifiquement agroécologiques :

- Avez-vous utilisé ou testé un outil spécifique ?

- Pensez-vous que l'outil TAPE pourrait être utile dans le suivi et l'évaluation de vos projets et programmes?

N'hésitez pas à nous envoyer des références d'outils et de conseils par e-mail ou dans la section des commentaires.

Merci, et au plaisir de discuter avec vous tous !

Seda Kojoyan

Gestionnaire d'évaluation

Bureau de l'Evaluation 
Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
Viale delle Terme di Caracalla 
00153 Roma

  • Dear colleagues and readers, thank you for your audience and active participation in the discussion. It makes me really glad that more people know about TAPE now, and can exchange practices.

    Several of you suggested mapping the TAPE criteria against existing evaluation frameworks, notably the DAC criteria. I also thought about this when writing the blog post. For instance, aligning the TAPE criteria on productivity to the standard evaluation criteria on effectiveness and impact; the TAPE criteria on income, added value and resilience to evaluation criteria of economic sustainability, and so on. However, in consultation with colleagues and prior to the blog’s publication, we thought a good first step would be to present the TAPE without this mapping, to avoid confusion (also because the placement of some of the criteria is really open to debate). 

    Some of the comments which are really technical on TAPE have been forwarded to the TAPE tool developers and managers at FAO. In the meantime, thank you Olivier Cossée and Laurent Barbut, among others, for your comments about the definition of the concept itself, as well as the consequent challenges. Despite the limitations, one powerful aspect of integrating an assessment and monitoring tool like the TAPE, is that “it offers an alternative to the mainstream evaluations approaches” (to quote Anna Maria Augustin’s comment).

    Some concrete (and valuable!) examples of avenues for TAPE’s use from the discussion were:

    • Utilizing the proposed indicators for facilitation in rural communities. Anna Maria Augustyn says that when she worked with project beneficiaries on developing indicators in participatory manner she felt that a good background template with indicators was missing. TAPE could be a good resource for this.
    • The TAPE guidelines provide sample questionnaires in an annex, which could be adapted locally and used by evaluators (and others) to build their own tool or questionnaire.

    Thank you, Elias Kuntashula, for sharing that you had a positive experience already applying the TAPE questionnaires in Zambia. And Malika Bounfour, how wonderful to know that contributed to a project evaluation where women empowerment, youth employment and traditional knowledge were all added to the assessment areas. It is interesting to also hear about monitoring agroecology practice in DRC (thanks Anne Scarpitta and Jean Marie Ruhanamirindi for sharing).

    Finally, we welcome that colleagues, for example, Paul Mendy and Kewe Kane, are open to testing out the specific indicators proposed by the TAPE. Please let us know how it goes!

  • Merci beaucoup Seda pour ce sujet intéressant et pour avoir partagé le guide TAPE.

    Je trouve le guide très complet et détaillé. L'outil donne également une définition de l'agroécologie. J'ai apprécié que les abeilles et les pollinisateurs soient pris en compte. 

    D'un point de vue technique, j'aurais quelques ajouts personnels :

    1. Je combinerais les cellules notées 0 et 1 pour les cultures (page 17). Si la culture couvre 80 % des terres, il s'agit d'une "monoculture" ;

    2. Pour l'exposition aux pesticides, je pense que l'évaluateur devrait se pencher sur les pesticides en stock dans l'exploitation ou sur le territoire. Les quantités et les méthodes de stockage ont un impact sur l'environnement et la santé. La gestion des déchets devrait donc être incluse ;

    3. La micro-faune du sol est un indicateur de la santé du sol et devrait être prise en compte.

    D'après mon expérience, les agriculteurs et les techniciens considèrent surtout l'efficacité de l'utilisation de l'eau, l'application de pesticides et d'engrais (type et quantité), la diversité des cultures et la gestion des sols.

    J'ai contribué à une proposition d'évaluation de projet où nous avons ajouté l'autonomisation des femmes (prise de décision) et l'emploi des jeunes ainsi que les connaissances traditionnelles. TAPE peut être utilisé comme référence pour séparer les zones/fermes en transition vers l'agroécologie des zones/fermes où l'agroécologie est pleinement mise en œuvre.

    Avec mes meilleures salutations

    Malika

     

  • Cher Seda et chers collègues,

    Merci pour ce sujet de discussion intéressant. L'outil TAPE développé par la FAO semble très prometteur et il serait intéressant de voir s'il peut être intégré dans les évaluations de projets ou de programmes ciblant les transitions agroécologiques.

    L'outil est très ancré dans la pensée systémique et de ce fait, il offre une alternative aux approches d'évaluation traditionnelles. Il serait peut-être utile d'étudier comment il pourrait être intégré aux cadres courants utilisant les approches du CAD de l'OCDE, de la théorie du changement, de la logique d'intervention et du cadre logique. À mon avis, le mieux serait d'utiliser les indicateurs suggérés dès la phase de conception du projet.

    D'un autre côté, les indicateurs proposés peuvent être utiles à des fins de facilitation dans les communautés rurales. Par exemple, lorsque je travaillais avec les bénéficiaires du projet sur le développement d'indicateurs de manière participative, il me manquait parfois un bon modèle de base avec des indicateurs pour les inspirer. L'outil TAPE pourrait être une bonne ressource à cet égard.

    D'après mon expérience, les agriculteurs et les acteurs ruraux ne voient souvent pas de différence claire entre l'agroécologie et d'autres approches systémiques, comme par exemple l'agriculture de conservation ou l'agriculture carbone. L'outil TAPE pourrait être utilisé pour articuler davantage les similitudes et les différences.

    Meilleures salutations,

    Anna Maria Augustyn

  • Je le poste au nom de mon collègue Jean Marie RUHANAMIRINDI, acroecologue de renom et facilitateur communautaire pour la Fédération des organisations de producteurs agricoles du Congo au Sud-Kivu (FOPAC SK):

    Bonjour SEDA KOJOYAN,

    Bonjour à tous qui se donnent le temps de partager leurs expériences sur l’évaluation agroécologique.

    Je partage avec vous le suivi des pratiques agricoles agroécologiques effectuées par la FOPAC SK (fédération des organisations des producteurs agricoles du Congo/sud kivu)  en REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO; car à notre entendement il faut d’abord la définition du référentiel d’évaluation c’est-à-dire quelles sont les pratiques agricoles agroécologiques ?  Nous considérons : l’agroforesterie, la permaculture, l’utilisation des engrais organiques, l’utilisations des semences locales ou adaptées, la gestion des eaux et l’intégration agriculture-élevage.

    Nous n’avons pas un outil spécifique mais nous nous basons sur la durabilité du système :

    -          Pour la zone forestière, le degré de praticabilité de la permaculture en tenant compte du pouvoir de production de la biomasse des cultures intercalaires. La forêt naturelle supérieure est conservée mais réduite afin de permettre l’intégration des cultures. Nous voyons dans tous les cas le nombre des hommes, femmes et jeunes qui sont impliqués dans le système.

    -          Pour la zone Rurale ordinaire : l’accent est mis plus sur l’agroforesterie, les pratiques d’intégration agriculture-élevage, le recyclage des résidus des récoltes. On essaye aussi de faire une analyse des traditions culturelles et alimentaires pour la définition des espèces. (Acceptabilité). Les pratiques de la gestion intégrée de la fertilité des sols, la protection du capital foncier et le degré  d'application de la pharmacopée animale et végétale.  

    -          Les zones marécageuses : l’attention est focalisée sur la gestion des eaux, est ce que les systèmes ne polluent pas les eaux, le cycle des cultures et la quantité de biomasse laissée après récolte. Le dispositif de protection des marais et bas fond contre le tout venant des collines -

    pour la FOPAC SK

    Ir Jean Marie RUHANAMIRINDI

    jeanruhana2020@gmail.com 

     

  • Merci Seda d'avoir mis en évidence l'outil TAPE. J'en avais entendu parler dans le cadre de l'examen de l'ODD 2 que nous avons effectué en 2019/20 et auquel vous avez fait référence.

    Les lignes directrices TAPE fournissent de très bons exemples de questionnaires en annexe, qui pourraient être adaptés localement et utilisés par les évaluateurs (et autres) pour construire leur propre outil ou questionnaire. Les questions qui y sont incluses aident non seulement à mesurer mais aussi à définir l'agro-écologie en explicitant un certain nombre de variables clés.

    Ainsi, les lignes directrices TAPE aident à répondre à la remarque de Laurent sur la nécessité de définir ce qu'est le succès dans la transition vers l'agroécologie. Je pense que c'est une question importante.

    Il y a eu très peu de progrès dans la transition vers une agriculture plus durable, et l'une des raisons peut être que nous ne sommes pas nécessairement d'accord sur ce à quoi ressemble le succès. Si elle a donné lieu à des expériences intéressantes de la part de la société civile et des organisations d'agriculteurs depuis les années 1980, l'agroécologie n'a pas réussi jusqu'à présent à convaincre les décideurs des ministères de l'agriculture - sauf dans une poignée de pays comme le Sénégal, grâce aux efforts incessants d'ENDA Pronat, de sa secrétaire Mariam Sow et de bien d'autres.

    L'agroécologie est même perçue comme idéologique ou militante par certains gouvernements, en raison de ses racines historiques en tant qu'alternative à la révolution verte. Une définition plus objective de l'approche permettrait donc de l'ancrer fermement dans la science, et TAPE peut y contribuer également.

    Il est évident que la forme que prendra le succès dépendra du contexte agro-écologique. Cela n'aurait aucun sens d'appliquer exactement les mêmes critères partout dans le monde. Cela contredirait également un principe de base de l'agro-écologie, à savoir qu'elle est censée être ascendante.

    Il me semble donc que la bonne façon de définir le plus précisément possible un produit ou un système agroécologique est de le faire localement, sur la base de normes minimales convenues avec les producteurs, les commerçants et les organisations de consommateurs locaux. C'est par exemple ce que le Nicaragua a fait avec sa loi pour la promotion de la production agroécologique et biologique (2011), suivie de normes techniques obligatoires approuvées et adoptées en 2013 pour caractériser, réglementer et certifier les unités de production agroécologiques. De nombreux pays ont fait de même, dans le but de promouvoir l'agroécologie par l'éducation des consommateurs et l'étiquetage des aliments.

  • Bonjour à tous,

    Je partage dans une certaine mesure le point de vue de Laurent.

    La comparaison entre l'agroécologie et les pratiques existantes dépendra des attributs choisis et de la durée de l'analyse.

    C'est difficile à court terme mais possible à long terme.

    Merci d'avoir partagé les principes de TAPE avec nous, je vous recontacterai bientôt.

    Norbert

  • En août 2021, j'ai utilisé un questionnaire structuré pour les ménages, co-créé à partir de l'outil TAPE (Tool for Agro-ecology Performance Evaluation) de la FAO, pour évaluer le niveau des transitions agroécologiques des ménages dans la partie sud-ouest de la Zambie. La section Caractérisation de la transition agroécologique (CAET) du TAPE (utilisant les 10 éléments élaborés) était particulièrement utile et a été contextualisée dans le cas de la Zambie et utilisée pour évaluer les transitions agroécologiques parmi un échantillon de ménages.

    Mon expérience de l'outil est qu'il couvre de manière exhaustive un large aspect des moyens d'existence ruraux et les interactions des domaines agricoles et environnementaux dans la fourniture de ces moyens d'existence. En outre, l'outil peut être facilement compris et mis en œuvre dans un court laps de temps. Toutes les questions ont des réponses standardisées sur une échelle de likert pour les 10 éléments et les sous-éléments, allant de 0 à 4, ce qui rend l'outil relativement facile à comprendre. Le fait que l'outil permette des discussions détaillées sur les circonstances de l'agriculteur (par plusieurs membres du ménage) avant d'arriver au score à donner, a fourni à l'agriculteur un certain espace participatif dans la détermination de leurs transitions AE, et des interventions possibles dans certains domaines.

    La manipulation quantitative des scores au cours de l'analyse a permis de s'assurer que les résultats de l'évaluation essentiellement qualitative avec les agriculteurs pouvaient informer la politique d'une manière quantitative rigoureuse.

  • Bonjour

    Merci pour cette proposition de discussion, et les informations sur TAPE que je ne connaissais pas. Mon expérience d'évaluateur de nombreux programmes et politiques agroenvironnementales et agroécologiques en France et en Europe m'amène à dire que le principal enjeu de ces évaluations est la définition du référentiel d'évaluation : comment définir précisément ce que sont des pratiques agricoles agroécologiques et celles qui n'en sont pas ? L'agroécologie est en effet défini par des principes, mais la traduction de ces principes en pratiques concrètes que l'on peut comparer aux pratiques existantes est difficile car elle fait l'objet d'un débat d'experts non stabilisé. Par exemple quel est le niveau de fertilisation ou de traitements phytosanitaires compatible avec l'agroécologie ? Il n'y a pas de réponse unique à cette question.

    Un deuxième enjeu important est celui de la connaissance des pratiques agricoles à l'oeuvre sur un territoire donné, pratiques qui varient selon les types d'exploitations. Cette connaissance nécessite de disposer d'un appareillage statistique performant - comme les enquêtes pratiques culturales en France - et de répéter régulièrement ces enquêtes pour saisir l'évolution des pratiques moyennes dans le temps. Enfin l'accès à ces données doit être facilité pour les évaluateurs, ce qui est loin d'être toujours le cas.

  • Bonjour, 

    Pour notre cas, programme Sénégal de Horizont3000, qui intervient dans la Sécurité alimentaire et nutritionnel et mis en oeuvre à travers 7 projets différents, on met l'accent sur les pratiques agroécologiques. On n'utilise pas d'outils spécifique pour évaluer la durabilité mais dans on défini des indicateurs spécifiques pour ça. On a par exemple:

    - le pourcentage de productions issus de pratiques agro-écologies

    - les superficies mis en valeur en agro-écologie

    - le nombres de femmes et de jeunes qui ont des emplois verts

    - les superficies ayant fait l’objet d’action de restauration et/ou de préservation

    - % de jeunes et de femmes porteurs d’initiatives dans le domaine de l’entreprenariat vert (exploitations des RN)

    - % de bénéficiaires (d'hommes et  de femmes??)  qui utilisent des technologies d’adaptation et d’atténuation  aux changements climatiques

    Les partenaires tiennent compte des ces indicateurs pour élaborer leurs projets, ce qui fait que ces aspects sont pris en compte dans leur stratégie d'intervention.

    je vais essayer d'en savoir plus sur l'outil TAPE et éventuellement le tester pour la phase en cours

    Merci

     

  • Je suggère que la première étape consiste à définir ce que vous entendez par agroécologie et par approches agroécologiques de la recherche et du développement agricoles. De nombreux outils (par exemple, les indicateurs quantitatifs et qualitatifs) disponibles pour évaluer la RAD prennent en compte les questions environnementales et socio-économiques et sont adaptés à l'agroécologie.

  • Merci, Seda, d'avoir abordé ce sujet important pour un échange à ce niveau.

    J'ai un sujet similaire "Suivi du contexte" que je souhaite également partager sur cette plateforme d'idées et d'expériences.

    Simplement, le suivi du contexte est un outil participatif pour identifier, évaluer et gérer les risques des interventions avec les bénéficiaires. Cependant, je n'ai pas encore appliqué cet outil et j'aimerais recevoir des expériences, des outils et des leçons du groupe.

    Dans l'intervalle, je vais explorer l'outil TAPE de la FAO, auquel vous avez fait allusion, et qui, je pense, pourrait fournir des informations utiles sur le suivi du contexte.

    Bien à vous,

    Paul