Aurelie [user:field_middlename] Larmoyer

Aurelie Larmoyer

Evaluation officer
WFP
Italie
    • Chère Malika,

      Merci d'avoir soulevé une question aussi importante. Je la trouve intéressante à deux égards :

      Premièrement, parce qu'elle soulève la question de savoir comment nous pouvons saisir les effets immédiats (ou à moyen terme) de la situation du COVID-19 sur nos réalités. De nombreux évaluateurs sont aux prises avec cette question. Certains collègues du système des Nations Unies se sont efforcés de dégager quelques orientations générales à cet égard. Par exemple, la récente publication du Bureau de l'évaluation de l'OIT (https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---ed_mas/---eval/documents/publication/wcms_757541.pdf ) pourrait être une source d'inspiration, car elle énumère, en annexe, des questions d'évaluation typiques qui correspondent au besoin de recueillir des informations spécifiques pertinentes pour le COVID-19.

      Je trouve également votre question intéressante parce qu'elle porte sur la manière de procéder à des évaluations rapides, que nous avions aussi de nombreuses raisons de viser même avant la pandémie, et sur lesquelles il existe donc une expérience sur laquelle s'appuyer. Et, si notre collègue Jennifer a raison de souligner que l'évaluation ne se prête pas facilement à une réaction rapide, je pense qu'il existe des moyens d'accélérer les processus pour répondre au besoin de rapidité. Je peux partager les leçons suivantes concernant ce qui a fonctionné lorsque j'ai cherché à mener des évaluations rapidement. Toud d'abord, il faut se focaliser. Cela fait une différence lorsque le temps de quelqu'un est entièrement consacré à une tâche, tandis qu'une multitude de tâches vous prive de la précieuse concentration dont vous avez besoin pour arriver rapidement là où vous le souhaitez. Deuxièmement, il faut viser un plan « suffisamment bon ». Nous tournons souvent en rond pour préparer nos évaluations, et nous investissons beaucoup de temps dans des échanges de va-et-vient à ce sujet. Il peut être utile de commencer par un cadrage approximatif et de tester et affiner votre concentration et votre approche au fur et à mesure. Troisièmement, il faut compenser les éventuelles coupes sombres en faisant appel à quelques parties prenantes disposant de connaissances stratégiques pour servir de caisse de résonance en cours de route.

      Bien sûr, la situation du COVID-19 complique ces règles empiriques, en particulier lorsque l'engagement doit être virtuel ; et mon dernier conseil est de se familiariser avec les technologies modernes pour se connecter par le biais des moyens virtuels. Comme vous le signalez, cela pourrait durer, et il pourrait donc valoir la peine d'investir dans ces nouvelles compétences.

      Best, Aurelie

    • Cher Mustapha,

      Merci pour votre message, qui soulève de nombreux sujets importants !

      Pour n'en reprendre que quelques-uns, je commencerais par affirmer haut et fort que le suivi et l'évaluation ne sont en aucun cas mutuellement exclusifs et sont incontestablement complémentaires.

      Il est peut-être vrai que l'évaluation se soit bien développée en tant que pratique, et plus encore que sa fonction sœur de suivi. Cela dit, une étude que nous avons réalisée (sur laquelle nous avons récemment partagé des résultats préliminaires - voir https://www.evalforward.org/fr/blog/evaluation-agriculture ) semble indiquer que dans de nombreux pays en développement, les évaluations se font surtout lorsqu'elles sont appuyées par un financement externe dédié: une indication que la ‘grande sœur’ n'est pas encore établie dans un modèle durable…

      Votre message soulève quoi qu’il en soit une grande question, qui me préoccupe également: pourquoi la fonction de suivi n'a-t-elle pas encore fait l'objet du même intérêt de la part des donateurs; pourquoi les systèmes de suivi ne sont-ils pas exigés en priorité, compte tenu caractère essentiel de cet outil pour tirer des enseignements des actions passées et améliorer les actions futures à temps? Comme notre étude l'a également révélé, avant de promouvoir l'évaluation, les pays doivent mettre en place une culture générale de gestion axée sur les résultats, qui commence, avant même le suivi, par une planification axée autour des résultats.

      Il est un fait que dans de nombreuses institutions, du niveau national au niveau international, le suivi est encore largement sous-estimé, sous-investi. Une façon serait peut-être de commencer par identifier qui a la plus fort intérêt à ce que le «S» remplisse sa fonction : d’identification de ce qui fonctionne ou pas, et causes et circonstances de ces dynamiques. À cet égard, nous, évaluateurs, pourrions jouer un rôle de soutient à l'émergence de cette fonction, dans nos sphères d'influence respectives; quitte à mettre de côté notre bien aimée indépendance pour un temps?… Qu’en pensent les autres évaluateurs?

      Tout de bon à vous tous,

      Aurélie

    • Chers amis,

      Merci pour vos commentaires riches et sensés, qui démontrent vos solide expériences et réflexions sur ces questions.

      Cher Tim, les idées d'un système qui s’appuie sur des collaborations avec des instituts de recherche sont en effet intéressantes. Vous signalez la nécessité d'unifier les systèmes de données et d'investir dans les outils technologiques, parallèlement au développement des capacités nécessaires: votre expérience vous permet-elle d’identifier de qui peuvent venir de tels investissements? S'agit-il d’encourager les politiques ou de trouver des partenaires financiers?

      En ce qui concerne la nécessité de mieux connecter les évaluateurs avec le ministère de l'Agriculture et de trouver des agents de changement ou des champions, comme l'ont également souligné nos collègues d'AVANTI, nous convenons qu'il s'agit de leviers importants pour que l’évaluation soit effective. La question demeure: comment inciter ces cercles vertueux? Si quelqu’un souhaite partager des éléments de réussite à cet égard, vos réflexions sont les bienvenues!

      Merci, Aurélie

  • Developmental evaluation

    • Cher Mustapha,

      Merci pour une contribution qui soulève une question intéressante pour le développement de cette Communauté de Pratique.

      Je partage votre espoir que EVAL-ForwARD serve aux praticiens, de façon à promouvoir des évaluations utiles pour raffiner les interventions de développement. Je serais en revanche plus nuancée sur la place des contributions de nature plus théoriques, qui ne me semblent pas réservées à une communauté académique: au contraire, notre plateforme d’échange tient un rôle important en ce qu’elle permet de créer des ponts entre théoriciens et praticiens. Certes, nous n’avons pas tous le même temps pour digérer les inputs plus abstraits, mais l’opportunité est là.

      Quant à votre question de fond sur l’évaluation développementale, vous soulevez un point intéressante, qui s’applique à tant d’autres concepts: celui des divergences d’interprétation. Combien de fois, en lisant une revue d’évaluation, me suis-je dit que l’auteur n’avait pas le même entendement que moi; qui sur une définition, qui sur une approche…  Si je partage à mon tour ce qui me semble caractériser l’approche développementale, par rapport à l’évaluation ‘traditionnelle’ ou au suivi-évaluation, mon interprétation est que l’évaluation développementale est une approche avantageuse dans les cas où le sujet à évaluer n’est pas encore assez cerné (e.g. parce qu’il est complexe ou innovant) pour permettre une évaluation sur base d’indicateurs déjà précisés. L’atout de l’évaluation développementale serait alors d’accompagner l’intervention en développement et de tester son efficacité selon des indicateurs que l’évaluateur peut développer à mesure que l'intervention s'invente, de façon à fournir un retour en temps réel, et ce, malgré les contraintes liées à l’incertitude. A mon sens, il y a donc une réelle place pour cette approche, que je perçois comme plus exploratoire - peut-être moins mécanique?- que les approches basées sur des théories constituées ex-ante. Notamment car souvent les interventions à évaluer se placent dans des contextes faisant intervenir de nombreux facteurs et dans les cas où celles-ci cherchent à proposer des solutions nouvelles.

      J’espère que ce commentaire pourra enrichir le lot de contributions sur ce sujet et que l’ensemble, bien que de nature un peu théorique, pourra nourrir les réflexions et les pratiques des membres de ce réseau.

      Bien cordialement,

      Aurelie